Retour sur quelques événements de la fin d’année 2025, que la mise à jour erratique (voire quasi inexistante) des réseaux et autres sites concernés n’a pas vraiment aidé à la mise en lumière…
En novembre, je profitais nonchalamment d’un petit séjour dans l’Est de la France pour, d’un bon gracieux, apparaître furtivement sur la dernière édition du marché de créateurs d’Augenschmaus, qui se tenait le dimanche 16 novembre au LUCA (Luxembourg Center for Architecture). C’était sympa … mais aussi une bonne chose de ne pas avoir fait le déplacement spécialement pour cette occasion.
Le désir d’être ailleurs se faisait déjà sentir depuis quelque temps…
En décembre, je répondais enfin par la positive à l’invitation d’Alex –de l’atelier Print Workers Barcelona– qui m’enjoignait depuis 3 ans à venir occuper une table lors de son événement consacré aux sérigraphes locaux et internationaux :
Give Print À Chance – le weekend du 20 et 21 à Barcelone (Espagne).
Mon dernier voyage à Barcelone remontait à dix-huit ans auparavant (!) alors que je n’étais encore qu’une petite enfant… naaan je blague, j’avais la fraîche vingtaine et la Sagrada Familia n’était pas encore consacrée, donc pas encore devenue l’usine à fric qu’elle est actuellement :
ça aurait été plus simple de prendre un avion pour les USA avec une mallette remplie d’Anthrax que de visiter cette cathédrale (et suivant la compagnie aérienne, presque plus économique !!!).
Parlant économie, pour le bien du budget -et pour la science- nous avons fait l’expérience de l’aller-retour en bus. Alors, point positif : Il me restera de meilleurs souvenirs de cette épopée en bus, que de ce même trajet en train, il y a 18 ans.
Notamment parce que mon siège à l’époque se trouvait devant une bande d’ado surexcités, ce qui ne m’avait pas permis de fermer l’œil de tout le trajet (dixit la Vieille). Et il faut tout de même croire qu’en 20 ans le confort des sièges dans les transports s’est amélioré.
Barcelone est une ville dans laquelle il est certainement bien plus agréable d’être touriste que résident, et c’est pour cette raison que je reste toujours assez mitigée (voire “tiède-froide”) par rapport aux destinations incontournables : J’aimerais connaître le pourcentage d’individus conscients et respectueux du lieu où il se rendent quand ils partent pour découvrir.
Depuis des années à bouger en tout sens, à courir les salons, les festivals et les expos, j’ai eu l’occasion de traverser (parfois bien malgré moi) des lieux dits touristiques, et c’est toujours le même constat amer : Les gens semblent plus là pour cocher la case “ça c’est fait”, prendre un selfie instagramable qu’il pourront poster sur leurs réseaux comme avant on envoyait des cartes postales aux paysages érodés (à cause des flashs) sans même regarder avec leurs [vrais] yeux ce qu’ils sont en train de capturer dans leur téléphone.
Depuis le sommet du Puy de Dôme -au milieu d’une chaîne de volcans en Auvergne- où a poussé un insolite complexe touristique (boutique souvenirs, informations culturelles, restauration ‘du pays’, petit train pour les feignasses, point de vue inoubliable pour votre album photo numérique que vous ne consulterez jamais…), en passant par les musées et leurs vitres anti-UV sur les tableaux exposés (j’aimerais faire un comparatif entre le nombre de photo prises par jour de la Joconde, et le nombre de personne qui pourraient dire de tête ce qui se trouve à l’arrière plan du même tableau, ou même s’ils se souviennent avoir jamais mis les pieds au Louvre), ou bien par l’Everest où les déchets (quand ce ne sont pas les corps morts) des touristes qui y grimpent à la queuleuleu, sont tout simplement laissés sur place et forment d’autres sortes de petites montagnes, parce que les conditions ne permettent pas de “s’encombrer” (pardon du peu).
Ou encore des villes comme Venise, où une taxe est maintenant imposée aux touristes (ouf !) qui restent malgré tout plus nombreux que les résidents (argh) et dont l’inlassable densité menace l’écologie de la cité.
J’aimerais inscrire Barcelone sur cette liste et bien que je ne peux nier l’attrait esthétique et historique de la ville, je garde la sensation de m’être ajoutée à cette longue liste de gens de passage et autre curieux-ses qui transforment, par un effet de masse, les autochtones en animaux de zoo, et génèrent l’engrais qui fait pousser bars à tapas et boutiques à souvenirs plus vite que du chiendent.
En conclusion, quelle est encore l’authenticité de ces lieux, saccagés par les millions de photos, les millions de pas, les millions de frottements, les réaménagements architecturaux qui ne découlent donc pas d’un besoin pratique des locaux, mais d’une logique de développement commercial en vue d’attirer toujours plus de touristes, et qui finalement écrasent ce qui répondait aux quotidiens des habitants ?
S’évader de chez soi devrait être une démarche de pure découverte, ancrée dans une logique de respect et l’intégration dans le lieu et parmi les individus au sein du/desquels nous nous infiltrons pour quelques jours… ou plusieurs mois.
Que reste-t-il à voir d’une chose qui a été tellement vue qu’elle en perd sa nature ? L’envie me démange de comparer ce phénomène au voyeurisme morbide qui consiste à regarder avec un contentement malsain d’autres individus agoniser (avec un max de souffrance) tout en sirotant un Mojito acheté une fortune à la buvette bâtie à la hâte sur les cendres de la maison de la
personne suppliciée. (Mater des snuff movies en se goinfrant de cacahuètes rentre dans la même catégorie). Le problème n’est pas que plusieurs personnes souhaitent se rendre au même endroit pour apprécier un environnement qui les dépaysera, le problème, ce sont les phénomènes massifs de mode qui, comme ils ont pu rendre stériles des mouvements musicaux à l’origine contestataires parce qu’undergrounds (le rock dans les fin 60’s / début 70’s, la techno dans les fin 80’s / début 90’s, etc), remodèle les espaces pittoresques en des galeries marchandes aseptisées. Et ce qui est effarant, c’est que personne (ou trop peu de gens) ont l’air de saisir le bug dans l’équation.
Le tourisme a remplacé l’aventure. Le capitalisme a fait du confort son lubrifiant.
J’arrête ici cette bien trop longue digression, mais ce partage de point de vue me paraissait important. Le salon d’édition en lui-même était bon enfant, l’atelier Print Workers Barcelona est un espace où je vous invite à aller faire un saut si votre route vous mène dans ce coin : l’espace est géant, la sérigraphie y est 100% artisanale, et j’ai été ravie d’être ralliée sur ces quelques jours à ce petit îlot à l’inverse du lieu touristique..